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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 19:09
Entretien avec la Camerounaise Lilianne Nyatcha, le dernier journaliste d’un média international a qui l’ex président Burkinabé, Blaise Compaoré, a accordé une interview.



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Blaise Compaore - 24/10/2014
Photo: (c) L. N.

C’était le vendredi 24 octobre dernier à sa résidence au Palais présidentiel de Kosyam à Ouagadougou.  Soit une semaine avant sa démission forcée. L’entretien, pour le compte de la BBC avait duré une heure. Notre consœur revient pour nos lecteurs sur les impressions que lui avaient laissées le président déchu et le peuple burkinabé qu’elle avait aussi rencontré dans la rue.


Comment est apparu à vos yeux l'homme Blaise Compaoré lors de votre rencontre moins de six jours avant sa chute?

Il est apparu chaleureux mais à mon avis un peu préoccupé. Peut-être que c'est sa nature habituelle puisque je ne le connais pas et je ne l'ai pas souvent vu. Je rappelle que c'était seulement  la deuxième fois que je le voyais après une première interview de 20mn  qu'il m'avait accordée à Washington début août lors du sommet Etats-Unis Afrique. Et même à Washington DC, il avait le même regard.

Blaise Compaore et Lilianne Nyatcha
Photo: (c) L. N.


Est ce qu'il vous donnait l'impression lors de votre entretien au Palais présidentiel de Kosyam qu'il avait conscience des dérapages que pourrait entraîner une tentative de modification de la constitution de son pays?

Là absolument pas. Son discours était ahurissant, en fait il minimisait les manifestations spontanées de protestations qui avaient commencé  à Ouagadougou et à Bobodioulasso la seconde ville du pays dès l'annonce de l'envoi du projet de loi à l'assemblée nationale. 

 
Avez-vous senti à un moment qu'il y avait en coulisses des pourparlers avec l'opposition en vue de la convaincre d'accepter cette modification?

Difficile de me prononcer, mais cela m'étonnerait. J'ai eu des entretiens avec des acteurs politiques et de la société civile burkinabé  quand je suis arrivée à Ouaga et aucune des personnes rencontrées tant du pouvoir que de l'opposition n'a évoqué une telle démarche même secrète. D'ailleurs il me semble  que la page des discussions était tournée et que le président Compaoré qui avait sans doute prévu l'échec des discussions sur la question de la révision de la constitution avec l'opposition s'était décidé à dérouler son plan .

Est-ce qu'il vous a dit pourquoi il était tenté par la révision constitutionnelle? 

Il se fondait sur un triple raison: d'abord qu'il y a 81 des 127 députes à l'assemblée nationale (soit 70 du CDP son parti et 11 autres alliés) qui appellent à la modification de la constitution et donc à la réécriture du controversé et contesté article 37 pour lui permettre de se représenter l'année prochaine, et donc pour lui il fallait en tenir compte.

Ensuite il se disait qu’il a la légalité avec lui. Donc, il estimait que la constitution lui donnait le droit de procéder à la révision de la constitution soit en passant par l'assemblée nationale soit en passant par référendum.

Enfin selon lui dans de telles situations de litige il fallait laisser le droit au peuple de trancher


Pendant votre séjour au Burkina Faso, quelle impression vous a laissé la population au sujet des préoccupations autour de ce changement annoncé de la constitution?

Les populations en avaient manifestement marre. Je l'ai constaté en passant une bonne partie de ma journée de jeudi au   grand marché de Ouaga  .Les commerçants avec lesquels j'ai parlé avaient exprimé leur ras le bol de voir à nouveau la constitution entrain d'être "maltraitée, manipulée, torturée" pour un seul homme 

Sur le plan personnel, quel commentaire vous inspire ces violences qui  durent depuis plusieurs jours au Burkina Faso?

On aurait pu en faire l'économie, mais ce n'était pas plus mal finalement d'assister à tout cela pour donner à réfléchir à ceux des chefs d'état qui à travers le continent se laissent tenter par un pouvoir dont ils ne se lassent bizarrement pas, parce que ça use le pouvoir, eh bien après 27 ans si on ne s'en rend pas finalement compte, c'est qu'il y a un problème. C'est bien aussi pour cette partie du continent de vivre sa part de "printemps" ; Et je rends hommage au peuple burkinabé pour cette action de courage qui doit inspirer partout. 

 


 


 



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Published by EVINA
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