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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 17:49
 
Carlos Lopes: «La réforme de l‘Ua ne s’arrête pas dans le financement»
 

Economiste Bissau-Guinéen, Carlos Lopes enseigne à l'université du Cap et est membre du comité de réforme de l'Union africaine (Ua) piloté par le président rwandais Paul Kagamé. Il parle des problèmes majeurs débattus au 29ème sommet de l'Ua à Addis-Abeba, en Ethiopie. En particulier de  l’autofinancement.  

 

La bataille de l’autofinancement est-elle gagnable et d’ici combien de temps ?

 

L’Union africaine a trouvé la formule. 0,2% des tarifs sur les importations du continent permettent d’avoir même plus que ce dont on a besoin actuellement dans l’Union africaine. Ceci dit, il y a un certain nombre de trépidations, des difficultés, qui sont liées au fait que techniquement, pour imposer n’importe quelle mesure tarifaire, il y a des éléments de négociation commerciale et il y a aussi des éléments de cadre juridique national. Un certain nombre de pays invoquent leur Constitution qui ne permet pas telle chose, d’autres qui disent que l’organisation mondiale du commerce (Omc) pourrait être un obstacle…

Nous avons passé en revue l’ensemble de ces difficultés et nous estimons qu’elles  sont toutes gérables. Mais, ça va prendre du temps jusqu’à ce que tout le monde soit confortable. Heureusement, il y a déjà un nombre significatif de pays qui ont avancé, dix sont déjà complètement prêts, une douzaine de pays additionnels sont sur la route. On a mis la machine en marche. Si on arrive d’ici à la fin de l’année à avoir la majorité des pays africains qui sont déjà dans ce mouvement, le pari sera gagné.

 

La taxe de 0,2% sur les produits non africains ne crée-t-elle pas une discrimination entre produits africains et non africains ? N’est-ce pas contraire aux règles de l’Omc et du commerce international ?

 

C’est justement ce qu’un certain nombre d’analystes et de gouvernements pensent. Mais nous ne pensons pas que ça s’applique. Il y a toutes sortes de libertés qui sont dans le domaine national, qui permettent des ajustements tarifaires. Il suffit maintenant de caser cette taxe au bon endroit.

 

Dans les ajustements tarifaires ?

 

Dans les ajustements qui sont possibles. Ça dépend beaucoup de l’argumentaire qui est utilisé par chaque pays. Si on dit, par exemple, que dans tel pays, il n’est pas possible de contribuer à une organisation internationale à travers une taxe, on n’a qu’à dire que la taxe n’est pas pour cela, que la taxe est pour permettre le meilleur positionnement du pays dans le monde et ensuite rétroactivement donner le montant nécessaire aux organismes en question.

 

C’est le cas de l’Afrique du Sud ?

 

Il y a d’autres pays qui sont aussi avec ce type de difficultés. Tout est gérable.

 

N’y a-t-il  pas quelques pays qui s’abritent derrière cette fameuse Omc pour  refuser le principe d’une taxe, qui pourrait les fâcher avec certains de leurs partenaires commerciaux non africains ?

 

C’est ce qu’un certain nombre d’analystes et même de gouvernements pensent. Mais nous ne pensons pas que ça s’applique, parce qu’il y a toutes sortes de libertés qui sont dans le domaine national, qui permettent des ajustements tarifaires. Il suffit de caser cette taxe au bon endroit. C’est vraiment difficile d’imaginer que ça puisse poser problème avec 0,2%. C’est  difficile d’imaginer que des pays africains ne soient pas pour l’autonomie de l’Union africaine.

 

Dans son discours d’ouverture, Moussa Faki Mahamat a déploré lundi que la plupart des décisions prises par l’Union africaine ne sont pas appliquées. Comment changer cela?

 

L’objectif de la réforme ne s’arrête pas dans le financement. Il faut un peu de rationalisation. Nous proposons dans la réforme que le nombre soit réduit drastiquement et qu’une bonne partie soit passée aux communautés économiques régionales.

 

La présidence tournante annuelle est-elle satisfaisante ou trop rapide ?

 

Nous avons beaucoup réfléchi là-dessus et nous sommes arrivés à la conclusion que ce n’était pas une mauvaise chose. Ça permet un niveau d’engagement supérieur parce que c’est très intense. Plus d’une année, c’est presque impossible pour un président de se permettre de consacrer les énergies nécessaires au volet continental, mais il fallait peut-être compléter cela avec une dimension de continuité. Nous avons proposé l’établissement d’une troïka entre les trois présidents – celui qui part, celui qui vient et celui qui est effectivement en charge –C’est une bonne formule.

 

Cette année, on aurait une troïka avec le président Deby du Tchad qui était aux commandes l’année dernière…

 

Il y a le président Condé qui est le président en exercice jusqu’à la fin de l’année et les pays vont confirmer l’élection d’un nouveau président qui commence déjà à entrer dans le processus de la troïka (…).

 

Deux sommets par an, est-ce qu’il n’y a pas un sommet de trop ?

 

Nous le pensons aussi. Les sommets doivent être plus efficaces. Ils ne sont pas nécessairement efficaces dans leur structure, dans leur agenda. Nous pensons que s’il y a vraiment un sommet avec ces caractéristiques, un seul est largement suffisant pour faire le plein de tous les membres.

 

Quelquefois le président de la Commission et le commissaire paix et sécurité veulent prendre des initiatives, mais les chefs d’Etat freinent et finalement la Commission ne sert pas à grand-chose.

 

Je n’irais pas si loin, mais j’admets qu’il y a des problèmes de coordination. C’est pourquoi d’ailleurs on propose que les sommets soient plus efficaces, qu’il y ait un mécanisme de consultation qui va au-delà des sommets et que le deuxième sommet soit entre les différentes régions et la troïka. Ce sont des tentatives pour cibler mieux les responsabilités et éviter un peu la cacophonie

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Published by EVINA
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